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Interview d'Agnès Leclerc

Agnès Leclerc est déléguée aux affaires européennes et internationales, sous l’autorité conjointe du ministère de l’emploi, de la cohésion sociale et du logement et du ministère de la santé et des solidarités.

Quels sont les principaux savoir faire de la France en matière de coopération santé et protection sociale ?

Dans ce domaine, la coopération française est financée principalement par le ministère des affaires étrangères, tandis que le ministère de la santé et des solidarités fournit essentiellement les experts et les infrastructures.
En matière de santé, le thématiques les plus présentes concernent les objectifs du Millénaire.

Trois d'entre eux relèvent en effet de ce domaine, à l'image de l'objectif de réduction de la mortalité infantile.
La France est également très présente sur le Sida et sur l'accès aux médicaments, à la suite notamment de l'initiative du Président de la République. En matière de coopération dans la lutte contre le sida, on peut également citer une initiative innovante comme le GIP Esther, qui aborde la question sous différents angles :la réduction des risques, l'accès au traitement et la prise en charge globale, y compris sociale et sociétale. À côté de ce savoir faire reconnu, se développe aussi un autre champ d'intervention.

On observe en effet une demande croissante des pays émergents et intermédiaires – Chine, Brésil, Inde, Corée… - sur les savoir faire français en matière de protection sociale. La France est reconnue sur des points forts comme l'accueil de la petite enfance, la conciliation entre vie familiale et professionnelle, ou encore la prise en charge du vieillissement.
En termes géographiques, on trouve d'abord ce que l'on appelle la ZSP ou zone de solidarité prioritaire.
Elle regroupe tous les pays francophones, mais aussi quelques autres territoires, comme les Caraïbes ou l'Amérique Latine. La France est également très présente chez les nouveaux membres de l'Union européenne, comme chez les pays candidats. La coopération se traduit alors essentiellement par des opérations de jumelage, financées par l'Union européenne.

Pouvez-vous donner quelques exemples significatifs d'actions de coopération menées par la France ?

Je reviendrai tout d'abord sur le GIP Esther, qui est l'opérateur du ministère de la Santé pour la coopération en matière de lutte contre le Sida. Le GIP Esther s'est doté d'une stratégie et d'une méthode, qui en font aujourd'hui un acteur internationalement reconnu. Il dispose d'un budget propre de 14 M€ et intervient dans près d'une vingtaine de pays.

Il y assure à la fois la formation des acteurs, le renforcement des plateaux techniques, l'organisation du circuit d'approvisionnement et de distribution des médicaments, le renforcement des programmes de prévention de la transmission mère-enfant, ou encore l'appui à l'amélioration de l'hygiène hospitalière et la prévention des accidents d'exposition au sang.

Je citerai également - parce que la France mène aussi des actions de coopération avec des pays développés – l'exemple du Canada et du Québec. Ce pays et cette province sont très demandeurs de partenariats avec la France.
Il y a, par exemple, des échanges importants sur la prévention de la grippe aviaire, mais aussi sur le cancer – par l'intermédiaire du tout nouvel Institut contre le cancer (Inca) français – ou sur la télémédecine. Un projet d'accord avec le Canada sur la coopération en matière de santé est d'ailleurs en cours d'élaboration. Autre exemple et autre type de pays : le Chili, avec lequel la France coopère sur les questions d'accréditation et de qualité des soins.
Enfin, il ne faut pas oublier que la France a une longue tradition de jumelage hospitalier avec des établissements de soins étrangers.

Et pour l'avenir, voyez-vous se dégager de grandes tendances ?

Ce qui se dégage, c'est notamment la question du vieillissement de la population, avec ses enjeux considérables en matière de santé et de systèmes de retraite. Nous voyons aussi émerger un autre défi tout aussi complexe : le problème des ressources humaines en matière de santé, avec ce que l'on appelle le risque de "pillage" des ressources humaines des pays du Sud. Cette question concerne d'ailleurs aussi bien les États du Nord que ceux du Sud. Un pays comme les Etats-Unis, par exemple, ne forme que 70% des professionnels de santé dont il a besoin aujourd'hui et dont il aura de plus en plus besoin demain.

Si l'on considère les tendances géographiques, il est clair que les pays émergents - comme la Chine, le Brésil ou l'Inde – vont occuper un poids croissant dans la coopération en matière de santé et de protection sociale. Mais, au-delà du Brésil, on observe aussi beaucoup de demandes en provenance d'autres pays d'Amérique du Sud.
Ce sera précisément le rôle du GIP SPSI d'anticiper ces évolutions et d'aider à la concrétisation de réponses françaises.


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